jeudi 5 avril 2018

Un jour de poisson d'avril chez les Salve


« En mars 1947, alors que j’étais en train de terminer mes examens, une lettre de ma mère, adressée à mon frère aîné, arriva de Delhi. Elle nous annonça le futur mariage de Shri Mataji et de Chandrika bhai, le dernier prétendant auquel j‘aurais pu penser. L’idée que Shri Mataji se mariât avec lui m’était si insupportable, que je me mis à pleurer. J’étais en fait en larmes à l’idée qu’Elle pût passer sa vie entière avec quelqu’un de si ennuyeux. Dieu merci, ma première impression était totalement fausse et finalement Sir C.P., comme je l’appelle amicalement, a un magnifique sens de l’humour, bien que l'allure qu'il présente au plus grand nombre, soit fondamentalement celle d’un bureaucrate. La date du mariage fut fixée au 7 avril 1947 et on nous demanda de venir avec armes et bagages. Même mes soeurs qui habitaient à Gwalior, furent de la partie. Retrouver la famille au grand complet, dans la ville de Delhi, fut source d'une grande joie.

Mon frère poursuivait son stage professionnel pour devenir expert-comptable. Il séjournait à Delhi dans l’une des chambres de la maison de mon père, avec son ami Chinnappa. A la fin mars, nous y descendîmes tous. Le premier avril, Shri Mataji décida de faire une farce à tout le monde. Elle se leva très tôt le matin et annonça à mon frère et à son ami, que Vijay Hazare, (un éminent joueur de cricket du moment), se trouvait dehors en train de les attendre. Loin de réaliser qu’Elle était en train de leur faire un poisson d’avril, ils sautèrent de leur lit, à moitié endormis et le regard hébété, et sortirent en criant, pour recevoir Vijay Hazar comme il se doit. Ils ne trouvèrent que Shri Mataji pour les taquiner et leur souhaiter un bon premier avril. La victime suivante était Balasahib, dont les amis arrivaient effectivement ce jour-là pour participer au mariage de Shri Mataji et pour visiter Delhi.
Leur train devait arriver dans l’après-midi, mais Shri Mataji annonça à son frère leur venue imminente. Il accourut sans se douter qu’on lui faisait une blague. Elle continua ainsi à berner tout le monde. Balasahib essaya de nous leurrer, Shashi et moi, mais il n’était pas un aussi bon acteur que ma soeur. L’expression de son visage le trahit et nous échappâmes à sa plaisanterie. Alors, Shri Mataji eut l'idée de faire une farce à Sir C.P. : il reçut un message lui demandant de venir au chevet de Shri Mataji, alitée et malade. Il envoya quelques émissaires, mais lui-même flaira le piège et ne vint pas.
Finalement, on me demanda d'aller le chercher, car l’endroit où il résidait n’était pas loin de notre maison. Je répondis à toutes ses questions avec le plus grand sérieux et il m’assura qu’il me rejoindrait tout de suite. Le plan était le suivant : dès qu’il s’approcherait du perron, Shri Mataji s’allongerait sur le canapé, tremblant sous une couverture. Ce ne serait qu’au moment de voir Son visage, qu’on lui dirait que c'était un poisson d‘avril.
Une demi-heure plus tard, il n‘était toujours pas là. Tout à coup Balasahib entra en courant dans le salon, et annonça que Sir C.P. arrivait. Immédiatement Shri Mataji se coucha dans le sofa, et enfouit sa tête sous la couverture. Dès qu’Elle eut le visage recouvert, nous nous mîmes tous à crier d’une seule voix: "Poisson d’avril!" Mais Shri Mataji ne comprit pas tout de suite que ces mots s’adressaient à Elle, tellement Elle était loin de supposer que Balasahib, le plus innocent du lot, pouvait lui jouer un tel tour! Quand Elle réalisa que Sir C.P. n’apparaîtrait pas dans le salon, Elle partit d’un grand éclat de rire en pensant à la façon dont Elle avait été bernée!
Finalement dans la soirée, Sir C.P. nous rejoignit, et il se mit à rire quand il trouva Shri Mataji en bonne santé et rajouta qu’il n’était pas si facile de le tromper!
Voilà comment nous nous amusions en famille. »
Babamama, chapitre 4, de 1933 à 1947, "Mes mémoires", 2010
Publié par dictionnaire sahaja yoga

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