vendredi 30 décembre 2016

Le mythe de Sukanya ou la fidélité récompensée

« Il était une fois, un grand sage nommé Chyavana qui depuis son jeune âge, avait décidé de suivre une pénitence longue et ardue pour plaire aux Dieux. Il s'était abstenu de nourriture et d'eau pendant de longues années et était resté en profonde méditation. Les années avaient passé, le sage était toujours plongé dans la méditation, il avait vieilli, mais il était encore en vie, grâce à son pouvoir de yogi. Ces années difficiles d’ascèses et de profondes méditations avaient réduit le corps du sage Chyavana à l’état de squelette, tant et si bien qu’une fourmilière l’avait enseveli. Il avait ainsi gagné de grands pouvoirs et était apprécié des Dieux. Pourtant, sa pénitence était devenue une légende et les gens avaient oublié où se trouvait son ermitage.
Un jour, la princesse Sukanya, fille adolescente du roi local, vint dans cette forêt avec son père et sa suite. Il était midi et tout le monde se reposait sous l'ombre des grands arbres, sauf Sukanya qui avait décidé d'explorer la forêt. Comme par hasard elle arriva à l’ermitage de Chyavana et tomba sur la fourmilière. A ce moment précis, la pénitence du sage venait d’arriver à son terme et il ouvrit ses yeux.
Sukanya aperçut alors deux objets brillants qui avaient tout l’air d’être des pierres précieuses. Succombant à la curiosité, elle enfonça une fine épine dans ces objets brillants, pour tenter de savoir quelle en était la matière. Mais malheureusement, ces pierres précieuses, qui l’avaient attirée, n’étaient autres que les yeux du sage Chyavana qu’elle creva sans le vouloir, le rendant ainsi aveugle.
Le sage savait que ce n'était pas vraiment la faute de Sukanya s'il avait perdu la vue. Cependant, il ressentait une grande douleur et le sang coulait de ses yeux crevés. Sukanya s’enfuit rejoindre son père.
Or, il est dit que lorsqu’un sage est en détresse, tout le monde ressent également sa douleur. Pendant ce temps, plus loin dans la forêt, le roi ressentait comme un malaise et appela ses astrologues qui lui dirent: "Un sage est fortement en détresse. Il a été blessé par quelqu'un de votre suite. Vous ne vous sentirez bien que s’il est apaisé par celui ou celle qui l’a blessé."
Sukanya sut tout de suite qu'elle était responsable de la situation. Le roi était très en colère. Il lui demanda de l'amener à cet ermitage. Lorsque tout le groupe arriva devant Chyavana, le sage était toujours assis en méditation. La fourmilière autour de lui était tombée, et le sang coulait de ses yeux.
- O roi, dit le sage, je suis bien conscient que votre fille n'est qu'une enfant. Je sais aussi que la curiosité était son crime, pas la malice. Toutefois, le résultat final est le même. Je suis devenu aveugle. Je suis incapable de me déplacer maintenant. Quelle réparation permettra de surmonter mon handicap?
- Pardon, demanda Sukanya, se sentant terriblement honteuse de son acte. Vous aurez besoin de quelqu'un pour prendre soin de vous tout le temps. S'il vous plaît, permettez-moi de vous épouser, je vais expier mon crime en étant votre épouse dévouée.
- Ma fille, dit le roi, savez-vous ce que vous proposez ? Vous êtes toujours une enfant, vous n'avez jamais eu à faire une journée de travail dans votre vie, et vous proposez d'aider le sage dans ses prières? Vous êtes trop jeune pour vous marier. Réfléchissez bien avant d'agir.
- Mon enfant, dit le sage, vous n'avez pas à faire un tel sacrifice pour votre crime. Je suis vieux, aveugle et laid.
Vous êtes une princesse, et pouvez devenir la femme d'un jeune prince.
- Ma décision est prise, dit Sukanya. Je veux réparer mon erreur et vous servir.

Sukanya ne regrettait pas ce sacrifice ; elle aimait déjà l’expression pacifique et le sentiment de calme qui émanaient de lui. Le mariage fut célébré rapidement.
Malgré la grande différence d’âge, ils étaient très heureux. Si Sukanya souhaitait parfois que son mari fût plus jeune et plus beau, elle ne lui en montrait aucun signe.
Sukanya servait son mari avec affection, et pratiquait toutes les ascèses qu’il lui demandait. Elle s’habillait avec l’écorce des arbres et servait le sage avec dévotion, sans même penser qu’il était aveugle, vieux et squelettique. Elle cuisinait les mets les plus délicieux pour lui, s’occupait des vaches et recevait chaleureusement tous les visiteurs qui venaient le voir. De nombreuses années passèrent ainsi.
Puis un jour, les médecins divins, les jumeaux Ashwinis, traversèrent la forêt. Ils tombèrent sur Sukanaya alors qu’elle allait chercher de l’eau à la rivière et furent tellement enchantés par sa beauté qu’ils voulurent l’épouser. Pourtant, ils savaient qu'elle était la femme de Chyavana, qui était vieux et aveugle.
- Bonjour Sukanya. Votre mari est vieux et faible. Nous sommes tous deux jeunes et beaux. Abandonnez votre mari et choisissez l'un de nous pour être votre compagnon.
- Comment osez-vous me parler ainsi ! dit Sukanya furieuse. Partez d’ici avant que je ne vous maudisse ! Vous n'êtes même pas apte à prononcer le nom de mon mari.

Le lendemain, les jumeaux Ashwinis revinrent encore près de la rivière. Lorsque Sukanya arriva, ils lui dirent : - Nous voulons nous repentir de notre mauvaise conduite d'hier. C'était honteux. Nous avons décidé de nous racheter en rendant la jeunesse et la vue à votre mari. Nous sommes les médecins des dieux et rien ne nous empêche de le faire. Sukanya était très heureuse avec son mari, mais elle sentait que sa vie n’était pas complète tant que son mari ne recouvrait pas la vue. Cependant, elle ne répondit pas et rentra à l’ermitage.
Chyavana pouvait sentir que quelque chose pesait sur l'esprit de sa femme. Il lui demanda ce que c'était. Elle lui raconta les incidents de ces deux derniers jours.
- Mon époux, vous savez que cela me peine de vous voir aveugle, car c'est une source éternelle de reproches pour moi. Mais je me méfie de l'offre des Ashwinis.
- J'ai moi aussi le sentiment que les Ashwinis ne sont pas tout à fait honnêtes, mais quel homme aveugle refuserait le cadeau de la vue? Partons à la rivière et disons aux Ashwinis que nous acceptons leur don.
Les Ashwinis étaient ravis que leur plan eût si bien fonctionné car ils avaient l’intention de berner Sukanya. - Venez dans la rivière avec nous sage Chyavana et vous recouvrerez la vue.

Tous les trois s’immergèrent dans l'eau. Puis, lorsqu’ils furent tous les trois à mi-hauteur, le sage devint jeune et beau et retrouva la vue, comme promis. Mais il s'était transformé en un sosie des deux Ashwinis! On ne pouvait plus les distinguer les uns des autres.
Les trois hommes se tenaient devant elle, et lui souriaient. Leur apparence était si semblable que Sukanya ne pouvait plus distinguer son mari. Très troublée, elle ne savait plus à qui prendre la main et pensa que seule la prière l’aiderait à reconnaître son mari.

Alors elle ferma les yeux et essaya de différencier les personnes selon les vibrations qui émanaient de leur être profond. De celui-ci émanait une sorte de puissance nerveuse qui ne ressemblait pas au calme serein de son mari. Ce n’était pas lui. Elle ouvrit les yeux pour s’assurer de son jugement. Son visage souriait, mais ses yeux avaient une dure expression. Ceci confirma son impression: il ne pouvait pas être son mari.
Elle se tourna vers l'autre et de nouveau entra en elle-même. Elle ressentit encore une sorte d’agressivité anxieuse qui ne ressemblait pas à la douceur de son mari. En le regardant, elle vit des yeux de conquérant qui la rendaient mal à l’aise, ce n'était sûrement pas son mari. Quand elle regarda ce troisième homme dans les yeux, elle n’y trouva que le reflet d'une âme en paix avec elle-même et qui lui envoyait un amour aussi pur que joyeux. Elle sut tout de suite que c'était Chyavana, son mari. Elle s'avança hardiment, lui prit la main et l’aida à sortir de la rivière.

Les Ashwinis baissèrent la tête de honte et commencèrent à avoir peur de la réaction du sage. Mais Chyavana était très content d'avoir retrouvé la vue:
- Je vous remercie dit Chyavana, pour le don de jeunesse et de vue. Je sais que votre cadeau n'a pas été fait de bon cœur, mais je vous suis redevable et je vous pardonne.
En fin de compte, l’amour de Sukanya pour son mari l’avait conduit à identifier le sage parmi les Ashwinis. Elle déposa une guirlande de fleurs autour de son cou, signe traditionnel indiquant que la jeune femme à marier avait choisi un homme pour époux. Les Ashwinis bénirent le couple heureux et repartirent déçus, mais admiratifs de la pureté de Sukanya.»

Le mythe de Sukanya prend racine dans les textes sacrés hindouistes. L'histoire des jumeaux Ashwini appartient au Rig Veda. L'histoire du sage Chyavana vient aussi du Rig Veda et du Satapatha Brahmana. 
Cette histoire s'est largement inspirée de celle écrite en anglais par Apam Napat:
http://www.apamnapat.com/articles/SukanyaChyavana.html

Pour aller plus loin:



Publié par dictionnaire sahaja yoga

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