mardi 22 décembre 2015

Les 24 gourous de Shri Dattatreya


« Lorsque Gourou Dattatreya était enfant, un roi a visité l'ashram où il vivait. Comme ses parents étaient absents, c’est Dattatreya qui l’a accueilli. Le roi, voyant rayonner en lui une joie intérieure, a tout de suite réalisé que le garçon était doué d'une grande sagesse et il s’est mis à lui parler.
- Tu as étudié auprès de tes parents? Lui a demandé le roi.
- Il y a beaucoup à apprendre de tout le monde et de tout, pas seulement de mes parents, a répondu Dattatreya.
- Tu as donc un maître, qui est-il?
- J’ai 24 gourous.
- 24 gourous ? Si jeune? Qui sont-ils?
- La Terre Mère est mon premier gourou. Elle m'a appris à accepter avec tendresse ceux qui me foulent aux pieds, ceux qui m’irritent et me blessent, tout comme elle-même le fait. Elle m'a enseigné à leur donner le meilleur de moi-même, et à me souvenir que leurs actes sont, de leur point de vue, normaux et naturels.
-Qui est ton deuxième gourou?
- L’eau. C’est une force qui contient la vie et la pureté. Elle nettoie tout ce qu'elle touche et donne la vie à celui qui la boit. L'eau coule sans cesse. Si elle arrête, elle devient stagnante. Rester mobile est la leçon que je tire de l'eau.
- Ton troisième gourou?
- C’est le feu. Il brûle et transforme tout en flammes. En consommant du bois mort, il produit de la chaleur et de la lumière. Ainsi, j’ai appris à absorber tout ce que la vie apporte et à le transformer en lumière qui éclaire ma vie. Dans cette lumière, les autres peuvent avancer en toute sécurité.
- Qui est ton quatrième gourou, gentilhomme?
- C’est le vent. Le vent se déplace sans cesse, frôle pareillement fleurs et épines, mais ne s’attache jamais aux choses qu'il effleure. Comme le vent, j’ai appris à ne pas préférer les fleurs aux épines, les amis aux ennemis. Comme le vent, mon objectif est de rafraîchir chacun sans m'y attacher.
- Ton cinquième gourou, gentilhomme?
- Cet espace qui imprègne tout et embrasse, voilà mon cinquième gourou. L’espace peut contenir le Soleil, la Lune et les étoiles, et cependant, il reste intact et illimité. Moi aussi, je dois pouvoir contenir toutes les diversités, tout en restant toujours non affecté par ce que je contiens. Tous les objets visibles et invisibles peuvent bien recevoir leur place légitime en moi, mais ils n’ont pas le pouvoir de limiter ma conscience.
- Qui est ton sixième gourou, gentilhomme?
- C’est la Lune qui croît et décroît mais qui ne perd jamais son essence, son intégrité ou sa forme. En regardant la Lune, j’ai appris que croître et décroître, s’élever ou s’abaisser, le plaisir et la douleur, la perte et le gain ne sont que des phases de la vie. En passant par ces phases, je ne perds jamais la conscience de mon vrai Soi.
- Qui est ton septième gourou?
- Le Soleil. Avec ses rayons lumineux, le soleil extrait l'eau de toutes choses et la transforme en nuages, puis les distribue sous forme de pluie, sans en favoriser l’une plutôt que l’autre : la pluie tombe sur les forêts, les montagnes, les vallées, les déserts, les océans, et les villes. Comme le Soleil, j’ai appris à recueillir la connaissance de toutes les sources, à transformer cette connaissance en sagesse et à la mettre en pratique pour la partager avec tous, sans préférer certains destinataires ni en exclure d'autres.
- Et ton huitième gourou?
- Mon huitième gourou est une colonie de pigeons. Un pigeon qui tombe dans le filet du chasseur, piaille de désespoir et les autres pigeons essayent de le sauver mais se font prendre aussi. De ces pigeons, j’ai appris que même une réaction positive, si elle vient de l'attachement et de l'émotion, peut vous enliser et vous engager.
- Ton neuvième gourou, gentilhomme?
- Mon neuvième gourou, c’est le python qui attrape et mange sa proie, puis ne chasse plus pendant longtemps. Il m'a appris qu’une fois mon besoin assouvi, je dois m’en satisfaire et ne pas courir après que les objets de mon désir, ce qui ferait de moi un malheureux.
- Qui est ton dixième gourou?
- C’est l'océan, qui est la demeure des eaux. Il reçoit et assimile l'eau de toutes les rivières du monde et ne déborde jamais de ses limites, maryadas. Il m'a appris que peu importe ce par quoi je passe dans la vie, peu importe le nombre de coups de pieds, de coups durs que je reçois, je dois garder mes maryadas.
- Qui est ton onzième gourou, o sage?
- C’est le papillon. Attiré par la lumière, il quitte sa demeure pour se sacrifier dans la flamme. Il m'a appris que, une fois que je vois l'aube, je dois surmonter ma peur, m’élever à pleine vitesse, et plonger dans la flamme de la connaissance pour être consommé et transformé.
- Le douzième?
- Mon douzième gourou, c’est le bourdon qui ne prend que les gouttes les plus infimes du nectar des fleurs. Et avant d'accepter cela, il fredonne et plane et danse au dessus de la fleur, créant une atmosphère de joie autour d’elle. Il chante non seulement la chanson de gaieté, mais il donne plus encore à la fleurs que ce qu’il lui prend. Il pollinise les plantes et les aide à prospérer en volant d'une fleur à l'autre.
J’ai appris du bourdon que je devrais prendre peu de la nature et que je devrais le faire joyeusement, enrichissant la source à partir de laquelle je reçois ma subsistance.
- Ton treizième gourou?
- C'est l'abeille qui recueille plus de nectar que nécessaire. Elle rassemble le nectar de différentes sources, l’apporte à la ruche et le transforme en miel par sa bouche. Elle consomme très peu de ce qu’elle recueille et partage le reste avec les autres. Ainsi, je dois rassembler la sagesse des gourous de toutes les disciplines et traiter la connaissance que je gagne. Je dois appliquer les connaissances propices à mon évolution, mais je dois être prêt à partager tout ce que je sais avec les autres.
- Et le quatorzième gourou, o sage chercheur?
- Une fois, j'ai vu un éléphant sauvage se faire capturer, appâté par une femelle éléphant apprivoisée en période de chaleur. Sentant sa présence, le mâle sauvage est sorti de son domaine et est tombé dans une fosse qui avait été habilement dissimulée avec des branches et des tas de feuilles. Une fois capturé, l'éléphant sauvage a été apprivoisé pour être utilisé par d'autres. Cet éléphant est mon quatorzième gourou parce qu'il m'a appris à être prudent face à mes passions et mes désirs. Les charmes du monde suscitent nos impulsions sensorielles et, en cherchant à assouvir les désirs de nos sens, notre esprit est piégé et réduit en esclavage, même s’il est puissant.
- Qui est ton quinzième gourou, gentilhomme?
- Le cerf et son sens aigu de l'audition. Il écoute attentivement et se méfie de tous les bruits, mais est attiré sans pouvoir se retenir par la mélodie de la flûte du chasseur de cerfs. Comme le cerf, nous gardons nos oreilles bien ouvertes pour capter chaque petites nouvelles, rumeurs ou potins, et restons sceptiques quant à ce que nous entendons. Mais certains mots nous fascinent : en raison de nos désirs, nos attachements, nos envies et nos "vasanas"" (connaissance venant du passé), nous nous plaisons à les entendre. Cette tendance crée notre malheur et celui des autres.
- Et qui est ton seizième gourou?
- Le poisson qui avale un appât au bout d’un hameçon et se retrouve pris par le pêcheur. Ce monde est comme appât. Tant que je me souviendrai de l'épisode du poisson, je resterai libre de l’hameçon.
- Qui est ton dix-septième gourou?
- La prostituée (Pingala) qui sait qu’elle n'aime pas ses clients, pas plus qu'ils ne l'aiment. Pourtant, elle les attend et quand ils viennent, elle joue le jeu de l'amour. Elle n’est pas satisfaite de l'amour artificiel qu'elle donne et reçoit, ni de l’argent qu’elle en retire.
Je me suis rendu compte que les humains sont comme des prostituées et le monde - comme leurs clients - s’amuse avec nous. Le paiement est toujours insuffisant et nous nous sentons insatisfaits. C’est pourquoi je suis déterminé à ne pas vivre comme une prostituée, mais au contraire, je vivrais avec dignité et estime de soi, sans attendre que ce monde me donne des satisfactions matérielles ou intérieures, mais en trouvant la satisfaction en moi-même.
- Qui est ton dix-huitième gourou?
- C’est un petit oiseau qui s’est envolé avec un ver dans son bec, de grands oiseaux l’ont poursuivi et ont commencé à le picorer. Ils se sont arrêtés seulement au moment où le petit oiseau a lâché le ver. Ainsi, j’ai appris que le secret de la survie réside dans le renoncement, non dans la possession.
- Qui est ton dix-neuvième gourou, gentilhomme?
- Mon dix-neuvième gourou, c’est le bébé qui pleure quand il a faim et s’arrête de pleurer quand il tète le sein de sa mère. Quand le bébé est repu, il cesse de téter et rien de ce que fait sa mère ne pourrait l'inciter à téter davantage. J’ai appris de ce bébé à demander seulement quand j’en ai vraiment besoin. Quand je suis nourri, je dois prendre seulement ce dont j’ai besoin, puis détourner mon visage.
- Et qui est ton vingtième gourou?
- C’est une jeune femme que j’ai rencontrée lorsque je demandais l'aumône. Elle m'a dit d'attendre qu'elle prépare un repas. Comme ses bracelets faisaient des cliquetis pendant qu’elle faisait la cuisine, elle en a retiré un. Mais comme le bruit continuait, elle les a enlevés, un par un, jusqu'à ce qu'il n’en reste qu’un seul. Puis il y a eu le silence. Ainsi, j’ai appris que partout où il y a foule, il y a du bruit, des désaccords et des dissensions. La paix ne peut être trouvée que dans la solitude.
- Et ton vingt-et-unième gourou?
- C’est le serpent qui ne fait pas de trous pour lui-même, mais qui se repose dans les trous que d'autres créatures ont abandonnés, ou qui se recroqueville dans le creux d'un arbre pendant un moment, puis change de lace. De ce serpent, j’ai appris à m’adapter à mon environnement et à profiter des ressources de la nature sans m’encombrer d’une habitation permanente. Les créatures se déplacent constamment dans la nature, abandonnant sans cesse leurs logements précédents.
Ainsi, en me laissant porter par le courant de la nature, je trouve beaucoup d'endroits pour se reposer. Une fois que je me suis reposé, je me déplace.
- Et ton vingt-deuxième gourou?
- C’est le fabricant de flèches qui est tellement absorbé à élaborer les pointes de ses flèches, que le roi et toute son armée passent devant lui sans attirer son attention. Ainsi, j’ai appris que fabriquer une flèche à la main permet d'être absorbé par la tâche à accomplir, peu importe qu’elle soit importante ou pas. Plus mon attention est focalisée, plus je suis absorbé ; plus je suis absorbé, plus subtile est ma conscience. L'objectif subtil ne peut être saisi que par une conscience subtile.
- Qui est ton vingt-troisième gourou?
- Mon vingt-troisième gourou est une petite araignée qui s’est construite une jolie petite toile. Quand une araignée plus grosse l’a poursuivie, elle s’est précipitée pour se réfugier dans sa toile mais a couru si vite qu'elle s’y est empêtrée, et a fini par être avalée par la plus grande araignée. Ainsi, j’ai appris que nous nous créons des toiles pour nous-mêmes, essayant ainsi de construire un refuge sûr. Et comme nous courons le long des fils de ces toiles, nous nous enchevêtrons et nous sommes alors consumés. On ne peut trouver aucune sécurité dans les réseaux complexes de nos actions.
 - Et qui est ton vingt-quatrième gourou?
- C’est le ver capturé par un oiseau chanteur et placé dans son nid. Quand l'oiseau s’est mis à chanter, le ver a été tellement absorbé par la chanson qu'il a perdu toute notions des risques et périls qu’il encourait. Voir cette petite créature absorbée par une chanson au seuil de la mort m'a rappelé que, moi aussi, je devais développer l'art de l'écoute, afin d’être absorbé par le son éternel, "nada" (Om), qui est toujours en moi. »

Ce dialogue se trouve dans le purana "Srimad Bhagavatam" et fait partie de la conversation entre le Seigneur Krishna et Uddhava. Il fait également partie de divers Puranas et d'autres écritures saintes de l'hindouisme.
Source: Le livre Les Maîtres de l'Himalaya: "A Living Tradition" par Pandit Rajmani Tigunait.
Une version plus longue et plus classique se trouve dans le chant 11 du "Srimad Bhagavatam" du chapitre 7 à 27.

Publié par dictionnaire sahaja yoga

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