Prana et Kundalini dans le Hathayoga Pradipika




Le "Hatha Yoga Pradipika" est un texte écrit en Sanscrit au XVe siècle par Swatmarama. Il est sans doute la copie la plus ancienne que l’on ait sur le Hatha Yoga et fait partie de la trilogie classique des traités du Hatha Yoga, avec la Ghéranda Samhita et la Shiva Samhita.

Voici la traduction d’une édition de 1893 dans laquelle le terme de "prana" semble parfois se confondre avec la Kundalini. Pourtant la Kundalini est bien identifiée au chapitre 3 verset 108, appelée énergie, et est comparée à un serpent, une symbolique très ancienne et universelle :

«Le Kundalini, sous forme latente, est enroulée comme un serpent. Celui qui pousse cette shakti (énergie) à se déplacer atteindra la libération."
Hathayoga Pradipika, chap. 3 V.108


Mais dans ces autres extraits du chapitre 3, le "prana" est bien synonyme de Kundalini.
"Alors la sushumna devient la voie royale pour prana. Alors, le mental se trouve sans pensée."
Hathayoga Pradipika, chapitre 3 verset 3

"Ce soi (la quiétude de l'esprit) peut être appelé libération ; d'autres diraient que ce n’est pas la libération. (Mais) quand le prana et le mental sont dans un état d'absorption, un bonheur indéfinissable s'ensuit."
Hathayoga Pradipika, chapitre 3 verset 5

"Le prana, laissant les deux Nadis (Ida et Pingala) courre par le milieu (Sushumna). S'effectue alors l'union de la Lune, du Soleil et du Feu (Ida, pingala et Sushumna nadis) qui conduit très certainement à l'immortalité."
Hathayoga Pradipika, chapitre 3 versets 27 et 28
Cette confusion peut s’expliquer par le fait que la Kundalini s’extériorise par un souffle frais ; or le mot "souffle" se dit "prana" en Sanscrit. Donc le phénomène de la Kundalini est nommé, confondu avec l’une de ses manifestations extérieures. On sait aujourd’hui grâce à Shri Matajai que la Kundalini passe par la moelle épinière, et depuis fort longtemps ce passage s’appelle "sushumna nadi". Ce fait peut être constaté même à l’œil nu : lorsque la Kundalini s’arrête pour nourrir un chakra en énergie, on voit les pulsations de celle-ci sur un point précis le long de la colonne vertébrale.

De nouveau, au chapitre 4, nous retrouvons le sens premier de prana souffle avec des allusions aux pratiques de pranayama."Lorsque le prana est sans aucun mouvement (kumbhaka) et que le mental est absorbé dans le Soi, cet état d'harmonie est appelé samadhi."
Hathayoga Pradipika, chapitre 4 verset 6

La Kumbhaka est une suspension de la respiration : c’est l’intervalle de temps pendant lequel on retient son souffle après une inspiration ou une expiration. Les poumons sont alors saturés ou totalement vides.
Il se trouve que lorsqu’on entre en méditation sans pensée le rythme cardiaque se ralentit spontanément et la respiration devient lente et profonde. L’allongement de la Kumbhaka se produit alors spontanément. Par contre l’état de samadhi ne dépend pas de l’arrêt de la respiration, car lorsque la Kundalin a amené l’Esprit au Sahasrara, l’attention n’est pas perturbée par les sensations internes et la respiration n’est pas un frein à cet été méditatif.

«Celui qui arrive à calmer à la fois le prana et de le mental, obtient la libération. Personne d’autre ne peut le faire."
Hathayoga Pradipika, chapitre 4 Verset 15

Travailler sur le souffle est possible mais réussir à calmer le mental, ce qui ralentit automatiquement la respiration, est pratiquement impossible sans l'éveil de la Kundalini. La conscience sans pensée qui en résulte permet d’être au-delà de l’Agnya, siège des pensées, (ce qui est aussi écrit au chapitre 3 verset 3 du Hathatyoga Pradipika).

Ici on a les deux sens : le "prana" passe par la sushumna alors que c'est le canal central par lequel s'élève la Kundalini, mais nous avons des pratiques yogiques impliquant un travail sur la respiration:"Quand l'esprit a atteint un état de sérénité et que le prana se déplace à travers la Sushumna, alors il y a Amaroli, Vajroli et Sahajoli. "
Hathayoga Pradipika, chapitre 4 Verset 14
"Amaroli, Vajroli", sont des pratiques tantriques qui aboutissent à la constriction du méat urinaire, comme dans le rapport sexuel ; ces pratiques, selon les tantriques, étaient supposées éveiller la Kundalini. Nous savons clairement que cette version est erronée puisque le mooladhara se trouve sous le sacrum.
Sans doute les grands Yogis de l’époque ont remarqué que les fonctions contrôlées par le mooladhara cessent d’être en activité lorsque la Kundalini est éveillée et que l’on médite en conscience sans pensée. Mais à l'époque, il était difficile d'éveiller la Kundalini; elle pouvait monter jusqu'au premier et deuxième chakra puis redescendre, s'élever plus haut pour retomber, rien n'était stabilisé. Il fallait faire des efforts comme indiqué au chapitre 3:

"Par conséquent, (on doit faire) tous les efforts ... pour éveiller la puissante Déesse (Kundalini) qui dort à l'embouchure de la Sushumna (au sacrum)."
Pradipika Hathayoga, 1893, Chapitre 3 verset 5
De nos jours, il y a tellement d’être Réalisés, que la Kundalini monte en une fraction de seconde et reste au Sahasrara pour peu qu’on entretienne cet état par la méditation. Cette facilité n’existait pas non plus il y a quarante ans, lorsque Shri Mataji débuta Sahaja Yoga.

Dans les siècles précédants (et même dans beaucoup d’autres branches de yoga aujourd’hui) la Kundalini, le Sahasrara, la Réalisation du Soi étaient peu connus. Il existe peu d’écrits à leur sujet ou alors sous forme de poésie, et cette connaissance était toujours transmise de façon secrète d'un maître à un disciple. C'est pour cela que l'on retrouve souvent une confusion entre "Mooladhara" et "Kundalini", "Kundalini" et "prana".

Aujourd’hui nous sommes vraiment à la période de l’Apocalypse, qui signifie révélation et non pas fin du monde comme ce que certains véhiculent.
Nous sommes à l’époque de la révélation, où cette connaissance si approfondie de la nature spirituelle de l’homme nous est transmise avec tant de facilité que, parfois, on en oublie sa valeur.

Publié par dictionnaire sahaja yoga

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