dimanche 28 février 2010

Traces de la Déesse dans les contes


La Déesse Mère est un archétype qui fait partie de l’inconscient collectif. Toutes les sociétés humaines ont baigné dans une religion matriarcale largement répandue dès le Néolithique. Les statues retrouvées dans toute l’Europe vers moins 15 000 ans avant J.C. prouvent son caractère universel. Cette société matriarcale a été détrônée au profit des sociétés patriarcale, comme celle que nous connaissons encore aujourd’hui.

Dans nos sociétés plus modernes, la figure de la Déesse n’est pas totalement effacée et elle réapparaît dans les contes sous la forme de la bonne fée. Le psychiatre Bruno Bettelheim a cherché à faire ressortir ce qu'il y a d'universel en eux, montrant qu'ils contiennent des éléments de la difficulté des rapports familiaux et des peurs plus ou moins ensevelies dans le psychisme de l'enfant.

« Les fées sont le dernier souvenir de l’ancienne religion du culte de la nature. Parmi les esprits de la nature, elles sont essentiellement les Esprits des pierres et viennent de l’ancien culte des mégalithes. Ce sont les Vierges hyperboréennes, descendues du Nord. Selon les langues on les nomme Faye, fade, fadette, fada, fata, fie, fou, fighe. Elles deviennent les dames célestes (Béarn), les filandières, dames blanches ou dames vertes.
Au début, leurs noms sont plus personnalisés : Esterelle, Abonde, Avril, Mélusine, Vouivre, Morgane, Viviane, Urgèle. Puis ce ne sont plus que des attributs : Puissante, Gracieuse, Bienfaisante, Charmante, Miracle, Plume, Consolation, Lumière, Lucie... ou des fonctions, comme la Reine des fées qui n’a pas de nom.
Ce sont les Esprits que l’on rencontre le plus facilement et qui se mêlent du monde des humains. Elles sont douces, sensibles, bienfaisantes. Elles sont une personnalisation de la Destinée, et accordent des dons à la naissance, en particulier, elles donnent des doigts de fées qui savent tout faire. Elles sont toutes bénéfiques, sauf la fée Carabosse, qui représente la mauvaise mère grognon. On doit donc les considérer comme une exaltation du Principe féminin de l’anima (principe primordial féminin chez tout être selon Jung)... Mais il s’agit toujours de la femme toute puissante, complète, de la Mère archaïque
…Les contes de Perrault constituent l’inconscient culturel des Français. Quelques autres contes de fées s’y sont adjoints comme Blanche-Neige, Pinocchio ou Peter Pan.
Ces contes font toujours partie de l’imaginaire des Français contemporains, parce que ce ne sont pas des Contes de Perrault. Perrault n’a fait que les écrire…Charles Perrault (1628-1703) et son fils n’ont fait que fixer par écrit une longue tradition orale ininterrompue, celle de « nos aïeux », «des huttes et des cabanes». D’ailleurs le livre qu’ils font paraître le 11 janvier 1697 a un titre qui en indique l’auteur "Contes de Ma Mère l’Oye"…

La structure des contes a été découverte par Vladimir Propp dès 1928 par l’étude d’un corpus de deux mille contes russes… (Il découvre un schéma récurent : souvent, un héro positif poursuit une quête ; une fée aux pouvoirs magiques, séduite par ses qualité morales, l’aide à vaincre les obstacles)
Il est remarquable que dans le corpus des "Contes de Ma Mère l’Oye" sur les onze, sept ont des héroïnes et quatre des héros. Encore n’y en a-t-il que deux vrais héros (le Petit Poucet et le Chat Botté). Les rôles sont partagés dans Riquet à la houppe et il s’agit d’un héros malheureux dans les Souhaits ridicules. Donc nous avons bien avec "Les Contes de Ma Mère l’Oye" la transmission de l’imaginaire et de l’inconscient psychique du matriarcat. »

Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, Robert Laffont 1976, rééedition Pocket, 1999
Vladimir Propp, Morphologie du conte, première traduction en 1950
Charles Perrault, contes de ma mère l’oie, première parution 1697, collection Hatier, 1999
Illustration : du recueil Ma mère L'Oye par Gustave Doré 1867
Publié par dictionnaire sahaja yoga

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